1° Les premières fouilles
archéologiques en Crète – Jusqu’aux
fouilles menées en Crète en 1900 par sir Arthur Evans, nous ne connaissions
que peu de choses sur la civilisation minoenne.

Sir Arthur Evans.
Evans, au cours de ces fouilles, découvrit de
nombreux palais crétois, mais aussi des milliers de tablettes d’argile
(environ 3 400.), sur lesquelles les crétois écrivaient. Ces tablettes sont
de quatre sortes : les deux plus anciennes comportent des inscriptions
hiéroglyphiques, et les deux plus récentes sont composées de signes
simplifiés (dits ‘linéaires’.).
Aujourd’hui, seules les tablettes les plus
récentes, écrites en linéaire b, ont pu être traduites :
ces dernières datent toutes du XV° siècle avant Jésus Christ, date à
laquelle la Crète avait été envahie par les Mycéniens (nous
reviendrons sur la civilisation mycénienne à la section suivante.).
Mais ces tablettes ont un intérêt limité : non
seulement elles ne nous renseignement sur la période ‘crétoise’ de la Crète
(à savoir, avant l’arrivée des mycéniens sur l’île.), mais en outre leur
contenu s’avère limité, car elles ne sont que des pièces de comptabilité.
L’histoire des la civilisation minoenne ne nous est donc connue aujourd’hui
que grâce à l’archéologie. Nos connaissances sont cependant lacunaires :
nous ne connaissons pas les dynasties royales qui se sont succédées, ni le
nom de ces souverains. Nous ne savons pas non plus quelle langue les Crétois
parlaient, etc.
C’est Evans lui-même qui divisa l’histoire de
la Crète en trois périodes : minoen ancien, minoen moyen, minoen récent.
Cette civilisation reçut son nom du légendaire roi Minos, qui à sa
mort devint un des trois juges des Enfers.
Quoi qu’il en soit, la Crète étant une île
montagneuse (dont seulement 4% de son territoire est formé de plaines.), les
Crétois, tout comme les Egéens, furent des marins, des éleveurs d’ovins ou
des paysans (cultivant l’olivier.).
2° Le minoen ancien (3000 à 2000
avant Jésus Christ) – Au cours de cette période, les Crétois étaient
nommés les Pélasges. Avec l’arrivée de l’âge du bronze, l’île connut
une évolution de la métallurgie et de l’orfèvrerie (confection d’armes et de
bijoux.). La céramique évolua elle aussi.
L’architecture resta cependant rudimentaire
(plans rectangulaires, base en pierre et murs en argile.), tout comme les
tombes à tholos (tombes collectives circulaires.), qui restèrent les
mêmes qu’au néolithique.

Vestiges d'une tombe à Tholos retrouvée à Kumasa, Crète.
C’est à cette époque que les premiers échanges
(avec le monde grec ou égyptien.) apparurent. L’écriture naquit elle aussi
au cours de cette période, sous la forme de hiéroglyphes (sans doute le
fruit de ces relations commerciales avec l’étranger.).
3° Le minoen moyen (2000 à 1600
avant Jésus Christ) – À cette époque, nous assistons à l’âge d’or
de la civilisation minoenne : à Cnossos, Phaïstos et Mallia furent
construits de vastes édifices que l’on appelle de nos jours les premiers
palais. L’architecture de ces derniers est d’inspiration orientale : une
cour centrale rectangulaire est entourée de nombreuses pièces indépendantes
auxquelles on accède par de nombreux couloirs.

Vue aérienne du site archéologique de Cnossos.
Ces palais étaient des
centres de pouvoir (les souverains de l’île y résidaient.), des centres
religieux (présence de pièces dans le palais consacrées au culte.) et des
centres économiques (l’on y stockait les vivres et les impôts en nature.).

Reconstitution du palais de Cnossos.
Les Grecs attribuaient la construction du
labyrinthique palais de Cnossos (qui s’étendait sur 1,5 hectares.) au
personnage mythologique Dédale. A en juger le plan ci-dessous, il
n'est pas étonnant que les Grecs aient élaboré cette légende...

Plan du palais de Cnossos, British Museum, Londres.
A cette époque, une administration complexe se
mit en place, utilisant toujours une écriture hiéroglyphique. Profitant de
leur insularité qui les mettaient à priori à l’abri d’attaques extérieures,
les Crétois développèrent leurs échanges avec les autres peuples de la
Méditerranée, la Mésopotamie et l’Egypte notamment (vente de bijoux,
d’huile, de vin, de pourpre et de céramiques.).
Les tombes elles aussi évoluèrent : c’est à
cette période qu’apparurent les premières tombes individuelles (sépultures
dans des jarres et cercueils en terre cuite.).
Cependant, vers 1750 avant Jésus
Christ, les premiers palais disparurent, sans doute à cause d’une
catastrophe naturelle (tremblement de terre.). Les Crétois décidèrent alors
de reconstruire leurs monuments, et ils bâtirent ce que l’on appelle
aujourd’hui les seconds palais.
Ces nouveaux édifices étaient encore plus beaux
que les précédents : les architectes décidèrent d’établir des puits de
lumière sur les terrasses, afin d’éclairer les pièces, tout en évitant de
les exposer à la chaleur de l’été et au froid de l’hiver.

Exemple d'un puits de lumière du palais de Cnossos (restauré au XX° siècle).
Le système des
eaux fut perfectionné, et surtout, l’art prit dans les palais une place
considérable, ces derniers étant ornés de nombreuses décorations : fresques
peintes, faïences, vases, figurines, armes d’apparat, etc.

Appartements de la reine, palais de Cnossos.
A cette époque, l’écriture évolua, et les
Crétois se mirent à utiliser ce que l’on appelle le linéaire a
(indéchiffrée à ce jour.).

Tablette écrite en linéaire a.
La Crète dominait alors le monde égéen,
développant son commerce extérieur et colonisant les peuples alentours.
4° Le minoen récent (1600 à 1100
avant Jésus Christ) – Au XVI° siècle avant Jésus Christ, les seconds
palais furent détruits à nouveau. Aujourd’hui, les scientifiques estiment
que la catastrophe serait due à l’éruption du volcan Santorin, ce qui aurait
provoqué d’importants tremblements de terre en Crète (donnant peut être
ainsi naissance en Grèce à la légende de l’Atlantide.).
Une fois de plus, les Crétois se remirent au
travail. L’architecture évolua peu, contrairement à l’art (représentations
picturales, sculpture, céramique.).

La Parisienne, fragment de fresque réalisée vers 1500 - 1450 avant
Jésus Christ.

Prince aux fleurs de lys, fresque réalisée vers 1500 avant Jésus
Christ (restauré au XX° siècle).
Cependant, cette prospérité prit fin au XV°
siècle avant Jésus Christ, lorsque l’île fut envahie par les Mycéniens venus
de Grèce. C’est à cette époque qu’apparurent les premières inscriptions en
linéaire b, utilisée par les administrateurs mycéniens de la Crète.

Tablette écrite en linéaire b.
Au fil des ans, l’influence mycénienne se fit
alors de plus en plus grande : les céramiques crétoises furent peu à peu
remplacées par des céramiques d’inspiration grecques, la langue locale fut
remplacée par la langue des Mycéniens, etc.
Une nouvelle catastrophe frappa cependant l’île
à la fin du XV° siècle, et qui fit beaucoup de dégâts (invasion ou
tremblement de terre ?). Après ces évènements, la Crète perdit son aura et
disparut de la scène internationale.
5° Civilisation et religion
crétoise – Les Crétois voulurent très tôt cultiver un certain art de
vivre, en développant leur confort matériel : les palais étaient bâtis afin
que leurs habitants n’aient pas à souffrir de la chaleur ou du froid ; ils
étaient de pourvus de salles de bains, de latrines et de « tout à l’égout. »
En Crète, il n’y avait pas ou peu d’esclavage
(contrairement à l’Egypte.), et la femme était presque l’égale de l’homme.
D’ailleurs, les Minoens ne vénéraient que des divinités féminines aux seins
nus, et les archéologues n’ont trouvé aucune représentation de divinités
masculines.

La déesse aux serpents, statuette réalisée vers 1600 - 1580
avant Jésus Christ.
Exception faite des représentations de taureaux, animaux qui
tenaient une place très importante dans la culture crétoise (et que les
Grecs ont utilisés par la suite pour créer la légende du Minotaure.).

Le jeu du taureau, fresque du XV° siècle avant Jésus Christ,
retrouvée au palais de Cnossos.