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Histoire de la Rome antique

 

CHAPITRE QUATRIÈME : Le haut Empire romain

 

I: Auguste, fondateur de la dynastie Julio-claudienne

           

            Comme nous l’avons évoqué à la fin du chapitre précèdent, Octave, en janvier 27 avant Jésus Christ, se présenta devant le sénat. Il déclara que sa mission était terminée, et feignit vouloir rendre ses pouvoirs au sénat et au peuple de Rome. Cependant, les sénateurs le reconduire dans ses fonctions, et lui conférèrent le surnom d’Auguste[1] (Imperator Caesar Divi Filius Augustus en latin.). C’est ainsi que naquit l’Empire romain.

Statue d'Auguste, I° siècle après Jésus Christ, conservée à Rome.

A noter que le titre ‘Auguste’ avait une connotation fortement religieuse (on nommait Augustes les lieux où avaient été pris les augures[2].).

 

1° Auguste, princeps senatus (-27 à 14) – Auguste, qui ne voulait pas connaître le même sort que César, son père adoptif, décida de ne pas ceindre la couronne de roi, ni d’endosser la charge de dictateur. Au contraire, il décida de restaurer la république (dont les institutions avaient été maintes fois bafouées au cours des décennies précédentes.), instaurant à cet effet le principat.

Les institutions républicaines[3] furent en apparence sauvegardées (le sénat, les magistratures, etc.), mais furent placées sous la responsabilité d’Auguste, le princeps senatus (ce qui signifie ‘prince du sénat’.).

Auguste se fit aussi décerner l’imperium, ce qui lui permit de commander à Rome, mais aussi aux provinces de l’Empire. Il reçut aussi la puissance tribunicienne, ce qui lui permit de se rapprocher du peuple. Enfin, il fut fait Grand Pontife[4] en 13 avant Jésus Christ, à la mort de Lépide (c’est ce dernier qui en avait la charge jusqu’à cette date.).

La devise d’Auguste était « Festina Lente » (ce qui signifie ‘hâte toi lentement’.).

 

Avec l’instauration du principat, de nombreuses magistratures perdirent de leur importance. L’Empereur, afin de faire élire son candidat favori, pouvait alors user de la commendatio, un système de recommandation officiel.

La charge de censeur disparut ; quant aux consuls, bien que toujours élus par paire chaque année, ils perdirent leur rôle militaire, se confinant à un rôle religieux et judiciaire.

En effet, l’Empereur se réserva le droit de commander l’armée, et fut le seul à avoir droit à la cérémonie du triomphe (afin d’éviter qu’un général victorieux ne soit trop populaire.). En outre, il s’entoura d’une garde prétorienne, remplaçant ainsi les licteurs.

 

2° Réformes et travaux d’Auguste – Le premier Empereur de Rome ne fut pas inactif. Tout au long de son règne, il mit en place de nombreuses réformes, et ce dans de nombreux domaines.

Buste à l'effigie d'Auguste, début du I° siècle après Jésus Christ, musée du Louvre, Paris.

 

a) Réforme de l’armée : Auguste fit de l’armée une véritable armée de métier, regroupant sous sa bannière près de 300 000 hommes, soit 28 légions (sans compter les troupes auxiliaires, estimées à plusieurs dizaines de milliers.). Le service militaire était alors d’une durée de 16 ans (portée quelques années après à 20 ans.), et les soldats recevaient une solde confortable à intervalles réguliers. Une fois leur temps de service accompli, l’Etat leur fournissait une dotation en terre ou en argent, ainsi que certains privilèges juridiques. Par ailleurs, certains vétérans non-originaires de l'Italie recevaient la citoyenneté romaine.

Diplôme militaire accordant la citoyenneté romaine à un vétéran, vers 157 après Jésus Christ, Deutsches historisches museum, Berlin.

 

b) Réforme de l’administration : lors de son accession au pouvoir, Auguste divisa en deux sortes les provinces de l’Empire romain. D’un côté les provinces sénatoriale, des territoires pacifiés ; de l’autre, les provinces impériales, où se trouvaient encore des forces armées.  

Auguste décida alors de réformer l’administration des provinces, envoyant des legati augusti (des ‘légats d'Auguste’.) aux quatres coins de l’Empire. Ces derniers avaient pour tâche de contrôler la gestion des gouverneurs, qui avaient souvent pour habitude de piller la région qu’ils devaient administrer. Auguste ne pouvait tolérer que les gouverneurs puissent donner aux peuples soumis une bonne raison de se révolter.

 

c) Les grands travaux à Rome : Auguste, tout comme César l’avait fait avant lui, lança une nouvelle politique de grands travaux dans Rome, afin de lutter contre le chômage et embellir la ville. Il fit construire l'Ara Pacis sur le champ de Mars (ou autel de la paix d'Auguste, symbolisant prospérité de Rome pendant la pax romana), érigea deux arcs de triomphe sur le forum (aujourd'hui détruits), rénova de nombreux sanctuaires, , construisit des aqueducs, etc.

Vestiges restaurés de l'Ara Pacis, musée de l'Ara Pacis, Rome.

Obélisque de la piazza del Popolo (à gauche.) et du Montecitorio (à droite.), Rome (ces deux œuvres, respectivement érigées sous les règnes des pharaons Ramsès II et Psammétique II, furent ramenées à Rome suite à la victoire d'Auguste sur Marc Antoine et Cléopâtre.).

Auguste aurait dit au sujet de cette politique de grands travaux « j’ai trouvé une Rome de briques, et laissé une Rome de marbre. »

Il ne se fit néanmoins pas construire de palais, préférant habiter dans une simple maison sur le mont Palatin. En effet, ce sont ses successeurs qui transformèrent la colline en ce que nous connaissons aujourd’hui, décidant d’y bâtir de somptueux édifices.

Vestiges de la domus augustana, Rome.

 

d) Un renouveau culturel : sous Auguste, Rome vit émerger de nouveaux poètes, protégés par Mécène, un proche de l’Empereur. Virgile, Tite Live, Salluste (ainsi que d’autres.) furent donc chargés de répandre les valeurs traditionalistes encouragées par Auguste (respect des ancêtres, respect de la Fides, etc[5].).

Virgile, par Auguste PREAULT, 1853, musée d'Orsay, Paris.

 

            3° Diplomatie sous le règne d’Auguste – Auguste fit en sorte d’établir dans tout l’Empire la pax romana, la paix romaine. En effet, peu de campagnes furent menées sous son règne.

Se rendant en Syrie, il reçut des mains des Parthes les aigles que ces derniers avaient enlevé à Crassus en 53 avant Jésus Christ[6]. L’Empereur mena aussi une expédition qui lui permit de s’emparer des Alpes occidentales.

En 1 avant Jésus Christ, Auguste fit fermer les portes du temple de Janus (ces dernières étaient ouvertes en temps de guerre et fermées en temps de paix.). Chose remarquable lorsque l’on sait que ces portes ne furent fermées moins d’une dizaine de fois pour toute l’histoire de Rome !

En 12 avant Jésus Christ, Drusus, un des gendres d’Auguste, lança une expédition contre la Germanie.

Buste de Drusus, vers 25-50 après Jésus Christ, Altes museum, Berlin.

Quelques années après, en 5 après Jésus Christ, Tibère, un autre de ses gendres, mena lui aussi une expédition en Germanie. Ces deux campagnes permirent à Rome de s’emparer de la Rhétie, le Norique et la Pannonie.

 

Le seul grave échec que connut Auguste eut lieu en 9 après Jésus Christ. A cette date, le général Publius Quictilius Varus (il était le mari de la nièce d’Auguste.) et trois légions (soit 15 000 hommes.) se trouvaient en Germanie, dans une région se trouvant entre le Rhin et l’Elbe.

Camp retranché de la XIX° légion en Germanie (aujourd'hui au nord de la Ruhr), Deutsches historisches museum, Berlin.

Les légionnaires traversèrent alors une épaisse forêt. Cependant, ils ne savaient pas qu’ils étaient surveillés par le chef germain Arminius et ses hommes, les Cherusques. Profitant de l’effet de surprise, ils attaquèrent les Romains dans la forêt de Teutobourg. Les 15 000 légionnaires qui se trouvaient là perdirent la vie, et Varus décida de se suicider.

Tombe du centurion Marcus Caelius, décédé à la bataille de Teutobourg, I° siècle après Jésus Christ, Deutsches historisches museum, Berlin.

Ce massacre fut vécu très douloureusement par les Romains. Auguste lui-même fut sous le choc en apprenant la perte de ces trois légions[7]. A plusieurs reprises, l’Empereur, abattu, répéta « Vare, legiones redde ! » (Ce qui signifie ‘Varrus, rends moi mes légions !’)  

Ce fut son neveu Germanicus qui parvint à soumettre la région, quelques années après.

Rome et les États de Méditerranée, 14 après Jésus Christ.

 

A noter enfin que ce fut sous le règne d’Auguste que naquit Jésus Christ (à Bethléem, un petit village au sud de Jérusalem.). A noter que ce dernier ne serait pas né en l'an 1, mais quelques années avant lui même[8] !

 

            4° La succession d’Auguste – L’Empereur, au cours de son long règne, rencontra le succès dans de nombreux domaines. Cependant, il ne parvint pas à avoir de fils, bien qu’ayant la réputation d’être un séducteur.

Il décida dans un premier temps de transmettre l’Empire à son gendre Agrippa (ce dernier avait épousé Julia, la fille d’Auguste.) où aux enfants de ce dernier (il partageait déjà le pouvoir avec lui, et avait un temps pensé à abdiquer en sa faveur.). Cependant, Agrippa et ses fils moururent avant Auguste, ce qui attrista beaucoup ce dernier. 

Buste d'Agrippa, vers 25 après Jésus Christ, Altes museum, Berlin.

 

Auguste n’hésita cependant pas à écarter Agrippa Postumus, un autre fils qu’avaient eut Agrippa et Julie. En effet, l’Empereur n’aimait pas le caractère violent de cet enfant.

Il décida donc d’adopter Tibère, un fils que son épouse Livie avait eu de son premier mariage, et d’en faire son héritier.

Statue de Livie, vers 50 après Jésus Christ, musée du Louvre, Paris (à noter que le buste de Livie a été placé sur une statue antique au cours du XVIII° siècle).

 

Auguste mourut le 19 août 14 après Jésus Christ, à l’âge de 77 ans. En mourant, il prononça les paroles « acta est fabula », ce qui signifie ‘la pièce est jouée’.

Il confiait l’Empire à Tibère, le fils que Livie, l’épouse d’Auguste, avait eu lors d’un premier mariage.

Après sa mort, Auguste fut divinisé par le sénat. Il reçut alors la titulature suivante : Imperator Caesar Divi Filius Augustus, Pontifex Maximus, Tribuniciae Potestae XXXVII, Imperator XXI, Consul XIII, Pater Patriae[9].

Ses restes furent inhumés dans le mausolée d'Auguste, que l'Empereur avait fait construire dès le début de son règne.

Vestiges du mausolée d'Auguste, Rome, été 2013.

Maquette représentant le champ de Mars à l'époque d'Auguste, musée de l'Ara Pacis, Rome (l'on peut y voir l'aspect originel du mausolée d'Auguste).

 

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[1] A noter que le huitième mois du calendrier, août, fut baptisé ainsi en son honneur

[2] Un augure est un présage envoyé par les dieux (souvent par le vol des oiseaux.). A Rome, les augures étaient des prêtres dont la tâche était d’interpréter ces auspices (ces messages divins.).

[3] Pour en savoir plus sur les institutions de la république romaine, reportez vous au chapitre deuxième, histoire de la Rome antique.

[4] Le Grand Pontife avait comme tâche de veiller au bon déroulement des rites religieux à Rome.

[5] Pour en savoir plus sur Virgile et l’Enéide, reportez vous à la section I, chapitre premier, histoire de la Rome antique. En ce qui concerne les auteurs comme Tite Live et Salluste, vous trouverez leurs ouvrages dans la partie BIBLIOGRAPHIE du site.

[6] Pour en savoir plus sur l’expédition de Crassus en Syrie, voir le 14, section IV, chapitre troisième, histoire de la Rome antique.

[7] A noter que les légions XVII, XVIII et XIX, qui furent anéanties à la bataille de Teutobourg, ne furent reformées que des siècles après les évènements.

[8] En effet, au Moyen âge, les moines firent quelques erreurs de calcul lorsqu’ils mirent en place l’ancêtre du calendrier que nous utilisons aujourd’hui.

[9] Les chiffres cités ici (Tribuniciae Potestae XXXVII, Imperator XXI, Consul XIII.) indiquent le nombre de fois que l’Empereur reçut les charges mentionnées ici.

 
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