En 1100, la royauté
n’était toujours pas maîtresse dans les limites de son domaine, le duché de
France. Une foule de petits seigneurs, d’ailleurs souvent plus brigands que
seigneurs, fièrement retranchés derrière leurs châteaux, infestaient les
routes, rançonnaient les marchands, saccageait les églises et ne
respectaient pas l’autorité royale.
Louis VI ne supportait pas cet
état de fait, et entreprit de lutter contre ces bandits féodaux : il força
Bouchard, sire de Montmorency, à restituer les terres qu’il avait usurpées
sur l’église de Saint Denis ; Il l’emporta sur le seigneur de Montlhéry, qui
s’attaquait aux voyageurs sur la route de Paris à Orléans ; saccagea le
château de Hue de Pomponne, seigneur de Gournay sur Marne ; Prit et rasa le
Château du Puiset, dont le détenteur, Hugues de Crécy, ravageait sans pitié
la Beauce et l’Orléanais ; attaqua dans son castel Enguerrand, sire de
Coucy, qui menaçait la liberté des bourgeois d’Amiens, et le captura ;
continua la lutte contre Thomas de Marle, fils de cet Enguerrand, prenant
son château de Crécy et sa forteresse de Coucy, puis le tuant. Le roi
continua cette lutte jusqu’à sa mort, en dépit d’un embonpoint gênant et
d’infirmités précoces.

Louis VI en expédition, par A. DE
NEUVILLE, gravure issue de l'ouvrage Histoire de France, par
Guizot.

Ruines du château de Monthléry, dévasté par Louis VI, par Paul Lehugeur,
XIX° siècle.
Au début de son règne, Louis VI
menait ses expéditions de justice seulement accompagné par les chevaliers de
ses domaines. Puis, au fil du temps, il se retrouva secondé par les milices
paroissiales (fournies par le clergé.) et par les milices communales :
lorsque le roi attaqua dans son castel le sire de Coucy, Enguerrand, ce
furent les bourgeois d’Amiens qui payèrent de leur personne. Au siège du
château de Crécy, ce fut une multitude de vilains qui attaquèrent, armés à
la légère.
2° Louis VI et les
seigneurs du royaume – Le roi passa quinze ans à rétablir l’ordre dans
son royaume. Cette besogne faite, il élargit les limites de son action et
décida d’intervenir dans des affaires plus lointaines :
En 1115, deux prétendants se
disputaient le bourbonnais. Le roi régla lui même le litige et fit respecter
sa décision par les armes.
Le comte d’Auvergne était en
querelle avec l’évêque de Clermont, et lui avait enlevé l’église de Notre
Dame du Port. En 1121, Louis VI força le comte à restituer cet édifice.
Quelques années après, en 1126, le roi revint en Auvergne, l’évêque étant à
nouveau inquiété par le comte. Mais ce dernier, menacé par le roi, dut lui
demander grâce.

Louis VI contre les seigneurs
brigands, par Paul Lehugeur, XIX° siècle.
En 1127, une émeute éclata dans
la ville de Bruges, et Charles le Bon, comte de Flandre, fut assassiné.
Louis VI prêta main forte aux chevaliers de Flandre, forçant les meurtriers
réfugiés dans le château de Bruges à se rendre, puis les fit mourir dans les
supplices. Le roi confia ensuite le comté de Flandre à Guillaume Cliton.
3° Louis VI et
l’étranger – Guillaume Cliton, fils de Robert Courte Heuse (et donc
petit fils de Guillaume le Conquérant.), était un protégé de Louis VI le
Gros. Ce dernier avait un temps tenté de lui faire rendre la Normandie,
détenue alors par l’oncle de Guillaume, Henri Beauclerc, roi d’Angleterre.
Une première tentative, qui avait
pourtant commencé sous de bons augures, se solda par un échec après que
Louis VI fut vaincu à la bataille de Brenneville, en 1119.
La lutte reprit après le naufrage
de la Blanche Nef, qui ne laissait à Henri I° d’Angleterre d’autre
héritier qu’une fille, Mathilde. Cette dernière était surnommée l’Impératrice
car elle était mariée à Henri V, l’Empereur d’Allemagne.
Cette fois, la question prenait
de l’importance. En effet, après avoir pacifié la Normandie, qui s’était
soulevée en faveur de Guillaume Cliton, le roi d’Angleterre entraîna dans
une coalition son gendre Henri V. En 1124, la France se trouvait menacée
d’une invasion redoutable.
Louis VI tint bon. Il alla
prendre en grande pompe l’oriflamme à Saint Denis, et convoqua après de lui
pour l’année 1125 toutes les forces militaires, non seulement de son
domaine, mais de la France entière. C’est alors que le seigneurs, les gens
des communes, les milices paroissiales accoururent à l’appel du roi. En
présence de tant d’ennemis, l’Empereur d’Allemagne préféra se retirer dans
ses terres sans livrer bataille.
4° La succession de Louis VI – Louis VI, tout comme ses ancêtres
l'avaient fait avant lui, décida d'associer au pouvoir son fils aîné
Philippe de France, en avril 1129 (le jeune homme, âgé alors de treize
ans, était né en août 1116.).