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Mythologie
 
 

 

 

Les Capétiens


CHAPITRE TROISIÈME : Le règne désastreux de Louis VII (1137 – 1180)

 

            Le moins que l’on puisse dire, c’est que le règne de ce roi ne fut pas une réussite. Lorsque Louis VI mourut, en 1137, la royauté était relevée, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce dernier avait en outre fiancé son fils avec Aliénor, fille du duc d’Aquitaine, dont la superbe dot faisait tomber dans le domaine royal un territoire allant des montagnes d’Auvergne à l’Océan. Malheureusement, Louis VII ne sut continuer la politique de son père. Surnommé le Jeune, ce fut un roi pieux et bon, mais indécis et sans vision à long terme. Il monta sur le trône à l’âge de 18 ans, et son règne dura 43 ans. Mais c’est à peine si l’on peut trouver deux ou trois faits à son honneur, le roi accumulant les erreurs.

Portrait de Louis VII le Jeune, par Jean de TILLET, oeuvre peinte au XVI°.

 

               1° Première faute de Louis VII : difficulté avec l’Eglise – Le jeune roi commença son règne en se brouillant avec l’Eglise, alors que son père avait toujours fait en sorte de la ménager.

L’archevêque de Bourges étant mort, les chanoines élurent Pierre de la Châtre, neveu du pape Innocent II. L’élection était régulière, mais le nouvel élu ne plaisait pas au roi. Ce dernier défendit donc au nouvel archevêque de paraître dans Bourges ni dans aucune terre de ses Etats. Comme réponse, Innocent II jeta l’interdit[1] sur le royaume.

 

            2° Deuxième faute de Louis VII : guerre contre la Champagne – Le roi voulut se venger du comte de Champagne, Thibaud, qui donnait asile à Pierre de la Châtre. Il autorisa alors son cousin, le comte de Vermandois, à renvoyer sa femme, nièce de Thibaud, et lui fit épouser la sœur de la reine.

Le vassal outragé en appela aux armes, et la guerre commença. Louis VII prit alors d’assaut la ville de Vitry, en Champagne, et la brûla. De nombreux habitants réfugiés dans une église, périrent dans les flammes.

Le roi finit cependant par se réconcilier avec son vassal en 1143, et scella cette alliance par un acte de réparation. Pour expier son crime de Vitry, le roi décida de participer à la deuxième croisade (1147 – 1149.), prêchée par Saint Bernard à Vézelay. Louis VII répara une faute en en commettant une pire : cette expédition, mal combinée et mal dirigée, fut en effet un désastre. Le roi, qui avait emmené des milliers d’hommes avec lui, n’en ramena au final que quelques centaines.

Louis VII part en croisade, enluminure issue de l'ouvrage Grandes Chroniques de France, Paris, France, XIV°siècle.

 

            3° Troisième faute de Louis VII : renvoi d’Aliénor d’Aquitaine -  Le roi n’aurait pu commettre d’erreur plus grossière, aux conséquences si graves pour les générations à venir que le renvoi de son épouse…

L’échec de la deuxième croisade eut d’autres conséquences pour la royauté. La reine Aliénor avait voulu suivre son époux en Orient. Son goût des plaisirs et sa conduite légère mécontentèrent vivement Louis VII[2]. Leur antipathie s’accrut sur le chemin du retour, et ils finirent par demander la séparation, que le concile de Beaugency leur accorda en 1152 (prétextant que le mariage était caduc pour cause de parenté.). 

Le roi avait commis là une très lourde erreur : en effet, quelques mois après, Aliénor offrait sa main et l’Aquitaine à Henri, fils de Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou. Le jeune Henri avait par son père l’Anjou et la Touraine ; par sa mère Mathilde, fille de Henri I d’Angleterre, la Normandie et le Maine ; par sa femme, le Poitou, le Périgord, le Limousin, l’Angoumois, la Saintonge et la Guyenne.

En outre, chose que l’on ne pouvait prévoir, il devint en 1154 roi d’Angleterre. Le vassal du roi de France était dès lors bien plus puissant que son suzerain.  

Louis VII essaya de conjurer le danger que cette situation créait à la royauté en soutenant la révolte des fils d’Henri contre leur père, en vain.

D’une certaine manière, la guerre de Cent Ans commença en 1154…

A noter que suite au renvoi d'Aliénor, Louis VII épousa Constance de Castille.

Constance de Castille, château de Versailles, Versailles.

 

            4° Aspects positifs du règne de Louis VII le Jeune – Malheureux dans la plupart de ses entreprises, Louis VII s’honora du moins en faisant du royaume de France  un asile pour les célèbres infortunés.

Le pape Alexandre III, qui avait été chassé de Rome par l’Empereur d’Allemagne, Frédéric Barberousse, vint se réfugier à la cour du roi, qui lui offrit l’hospitalité de 1162 à 1165.

De même, Louis VII accepta d’offrir asile au célèbre archevêque de Canterbury, Thomas Becket, poursuivi par Henri Plantagenêt[3].

 

            5° Personnages célèbres du règne de Louis VII – Si le règne de Louis VII ne fut pas, il faut l’admettre, une franche réussite, il faut cependant reconnaître que le roi fut bien entouré.

 

- Suger naquit en 1081 (selon les chroniques de l’époque.), fils d’un serf ou d’un artisan, et fut offert à l’âge de dix ans au monastère de Saint Denis, dont il devint abbé par la suite.

Sur les bancs de l’école, il s’était lié d’amitié avec le futur roi de France, Louis VI le Gros. Une fois sur le trône, il fit de lui son conseiller.

Suger mit au service de la royauté non seulement les immenses ressources de son abbaye (dont les revenus étaient colossaux.), mais aussi ses idées. Ami et conseiller du père, Louis VI, il fut aussi le ministre du fils, Louis VII. Certains historiens reconnaissent que s’il avait vécu plus longtemps, il aurait su décourager le roi de divorcer.

Suger, abbé de Saint Denis, par POYATIER, château de Versailles, Versailles.

       

            L’abbé Suger était cependant quelqu’un de prodigue quand il s’agissait des choses de Dieu. C’est à lui que nous devons la basilique de Saint Denis, bâtie à la place de la vieille église du roi Dagobert, en ruine.

 

- Saint Bernard de Clairvaux était le fils d’un châtelain de Bourgogne. Le jeune homme préféra cependant renoncer à ces biens temporels et se rendit au monastère de Cîteaux, accompagné de ses frères et d’une troupe de jeunes seigneurs. Au bout d’un certain temps, Cîteaux, malgré son austérité, ne suffit plus aux besoins de Bernard. Ce dernier, suivi de douze moines, alla construire quelques cabanes de feuillages dans le diocèse de Langres. Le lieu où il se trouvait se nommait la vallée d’Absinthe, qui devint par la suite la vallée illustre : Clervaux.

Ce fut Saint Bernard qui prêcha la deuxième croisade à Vézelay et à Spire, et qui mit fin aux oppositions qui divisaient l’Église. Ce dernier aurait pu aspirer aux plus hautes dignités, mais il ne voulut jamais être autre chose qu’un moine.

Saint Bernard de Clervaux prêchant la deuxième croisade, par Paul Lehugeur, XIX° siècle.


 

[1] L’interdit était une sentence ecclésiastique consistant à interdire la célébration des offices divins et l’usage de certains sacrements.

[2] Pour plus de précisions sur le déroulement de la II° croisade, voir le 6, section II, chapitre premier, les croisades et la colonisation franque en Orient.

[3] Pour plus de précisions sur le conflit entre Henri II et Thomas Becket, voir le 1, section II, chapitre premier, l’Angleterre sous les Plantagenêts.

 
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