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La diète de
Tribur,
en déposant Charles le Gros pour son incapacité à lutter contre les
Normands, acheva ce qui avait été commencé lors du traité de Verdun, en
843 : l’unité de l’Empire carolingien fut brisé une fois de plus, et cette
fois-ci pour de bon. Jamais plus un seul Empereur ne régna conjointement sur
la France, l’Allemagne et l’Italie.
1° Arnoul (887 –
899) – Il ne restait plus en Allemagne qu’un fils illégitime de
Carloman, roi de Bavière : il s’agissait d’Arnoul, duc de Carinthie.
Ce dernier fut proclamé roi de
Germanie par la même diète qui congédia Charles le Gros. Le nouveau roi
avait fort à faire en ces temps troublés. Le pays était menacé à l’ouest par
les Normands, qui depuis 50 ans étaient la nouvelle terreur de l’Europe, et
à l’est par les Moraves, peuple slave établi sur le Danube.
Le nouveau roi, bon guerrier,
parvint d’abord à vaincre les vikings près de Louvain, et les rejeta dans
les marais de la Meuse inférieure.
Cependant, Arnoul eut moins de
chance au cours de sa lutte contre les Moraves, essuyant contre eux un
sanglant échec, au cours de l’année 893.
Le roi de Germanie se
dédommagea du côté de la Lorraine, dont il fit un royaume pour un de ses
fils, et en Italie, où il eut un instant de gloire :
L’Empereur Louis II était mort
quelques années plus tôt, en 875, et depuis, deux seigneurs se disputaient
l’Italie. Lambert, duc de Spolète, qui prenait le titre d’Empereur, luttait
contre Bérenger, duc de Frioul (ce dernier s’appuyait sur le roi de Germanie
dont il s’était reconnu le vassal.).
Le pape Formose, las de voir
l’Italie livrée à la guerre civile, appela Arnoul, qui franchit les Alpes à
la tête d’une imposante armée. Prenant Rome, il reçut du pape la couronne
impériale, en 896. Celle ci n’ajouta cependant rien à sa force.
Puis, gravement malade, Arnoul
s’empressa de repasser la frontière, laissant ses amis exposés à la
vengeance du parti anti-germanique. Les représailles furent terribles, et
même le pape ne fut pas épargné. Lorsque celui ci mourut, on arracha à son
cadavre les habits pontificaux, puis on le précipita dans le Tibre. On fit
même un procès au cadavre du pape, tiré de sa tombe.

Le pape Formose et Étienne VI,
par Jean Paul LAURENS, 1870.
2° Louis l’Enfant
(899 – 911) – Pendant ce temps là, Arnoul agonisait en Germanie. Il
laissait pour unique héritier son fils, âgé de sept ans : Louis,
surnommé l’Enfant en raison de sa jeunesse.
Les grands l’acceptèrent
volontiers comme roi, car il leur paraissait peu redoutable. Et
effectivement, Louis l’Enfant ne put défendre son pays efficacement contre
les nouveaux envahisseurs, aussi terribles que les Normands : les
Hongrois (appelés aussi Magyars.).
Les Hongrois, qui étaient
originaires de la mer Caspienne, s’étaient déplacés vers l’Ouest au fil des
siècles, s’installant dans l’antique Pannonie, qui devint plus tard
la Hongrie.
Ces derniers rentrèrent en
Germanie à la demande du roi Arnoul, qui voulait les utiliser pour se venger
des Moraves, qui l’avaient vaincu. Les Hongrois s’acquittèrent avec brio de
leur tâche, mais une fois leur œuvre destructrice commencée, il voulurent la
poursuivre. Ils envahirent alors la Bavière, la haute Italie, la Bohême, la
Thuringe, la Souabe, etc.
Le jeune roi Louis voulut les
arrêter, mais il fut vaincu par ces derniers en 910, près d’Augsbourg. Il
mourut l’année suivante sans postérité.
3° Conrad de
Franconie (911 – 918) – La famille de Charlemagne étant éteinte, les
seigneurs de Germanie offrirent alors la couronne à Othon le Grand, duc de
Saxe. Cependant, ce dernier refusa, jugeant qu’il était trop âgé. Il
convainquit cependant les barons de choisir plutôt Conrad, duc de
Franconie.
C’est sous le règne de ce dernier
que la monarchie devint élective. L’organisation de la féodalité en
allemande vingt ans après que la féodalité en France, s’achevant sous le
règne de Louis l’Enfant. L’unité du royaume ne fut plus que linguistique ;
les Tiutschi (qui a donné le mot Deutsche.), étant ceux qui
parlaient la langue du peuple (Tiut fut latinisé sous la forme de
Theosticus, d’où Teutonicus.). L’Allemagne devenait alors moins
un royaume qu’une fédération de principautés sous la suprématie d’un roi élu
par elles.
Ces principautés ne se
ressemblaient cependant pas. Les unes étant laïques, les autres
ecclésiastiques. Mais ces dernières n’étaient cependant pas les moins
puissantes. Les plus importantes d’entre elles étant les archevêchés de
Mayence, de Cologne, de Trèves ; les évêchés de Strasbourg, de Constance, de
Passau, d’Augsbourg, de Brême ; les abbayes de Fulde, de Constance, de
Kempten ; dont les titulaires n’avaient pas à rougir de la puissance des
barons.
Quant aux grandes principautés
laïques, quatre duchés sortaient du lot : à l’ouest, la Franconie ;
au sud, la Bavière et la Souabe ; et au nord, la Saxe.
Autour de ces quatre duchés
gravitait aussi un grand nombre de petits ducs, comtes ou seigneurs.
Chacune de ces importantes
principautés, laïque ou ecclésiastique, était un vrai Etat, ayant chacun
leur lois, leur gouvernement, leur dynastie. Leurs dirigeants s’y
comportaient comme de vrais souverains, battant monnaie, levant des impôts à
leur compte, jugeant, administrant, commandant leurs armées et faisant la
guerre, le tout sans l’autorisation de personne.
Ces Etats reconnaissaient encore
la personne du roi par un vague sentiment de respect pour les traditions
monarchiques, mais aussi parce qu’ils savaient qu’il ne pouvaient lutter
seuls à seuls contre les envahisseurs, qu’ils soient Normands, Magyars ou
Slaves.
Conrad, qui ne
voulait pas être un roi inutile, souhaita abaisser cette féodalité
dangereuse, et attaqua en premier le fils de Othon le Grand, Henri de
Saxe. Il entreprit ainsi de le dépouiller de la Thuringe.
Indignés par l’attitude du roi
(rappelons que ce fut ce même Othon le Grand qui proposa Conrad au trône de
Germanie.), plusieurs seigneurs choisirent d’aller se liguer avec les
Hongrois pour l’abattre.
Le roi leur livra bataille contre
eux plusieurs batailles, au cours desquelles il réussit à battre des
ennemis. Mais en 918, alors qu’il affrontait les Hongrois sur les rives du
Rhin, Conrad fut vaincu par eux et blessé gravement.
Sachant que ses derniers instants
étaient venus, il décida de reconnaître que Henri de Saxe était seul capable
de ramener l’ordre et l’union en Allemagne, et lui fit remettre les insignes
de la royauté.
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