Mais d'où provient cette idée reçue, selon laquelle le Moyen âge fut une
époque sombre et obscure, où les gens vivaient repliés sur eux mêmes,
courbant l'échine sous le joug de leur tyrannique souverain, et sales de
surcroit ?
Les coupables sont une fois de plus les auteurs républicains du XIX° siècle,
dont l'objectif inavoué était de "noircir" l'époque médiévale afin de
glorifier la république. Ces derniers, outre le mythe d'un Moyen âge
crasseux, élaborèrent d'autres fariboles tout aussi ridicules, telles que "le
droit de cuissage",
Dans les villes, les bains publics se développèrent considérablement dès la
fin du XIII° siècle.
Deux siècles plus tard, les étuves connurent leur apogée, devenant de
véritables lieux de vie : en effet, les bains étaient mixtes, et l'on
pouvait y prendre ses repas.

Banquet organisé au cours d'un bain
collectif, par Valère MAXIME, enluminure issue de l'ouvrage Faits et
dits mémorables, Bruges, XV°siècle.
Toutefois, à la fin du XVI° siècle, plusieurs facteurs entraînèrent la
fermeture des bains. De prime abord, au fil des années, les étuves s'étaient
transformées en de véritables maisons closes, ce qui fut fermement critiqué
par les huguenots moralistes.
En outre, les médecins de l'époque avancèrent la thèse selon laquelle l'eau,
polluée, était responsable des épidémies et des maladies. Selon les
médecins, les miasmes entraient plus facilement à l'intérieur du corps, car
les pores se dilataient une fois plongée dans l'eau chaude.
Enfin, l'Eglise donna le coup de grâce aux bains publics, adoptant une ligne
directrice plus ferme, privilégiant l'esprit au détriment du corps. Ainsi,
la nudité qui ne choquait guère au Moyen âge, fut considérée comme une
véritable offense à l'aube du XVII° siècle...
Les étuves fermèrent alors les unes après les autres, ce qui eut
pour conséquence de plonger les gens de l'époque moderne (et non du
Moyen âge.) dans une longue période d'hygiène hasardeuse... qui se
prolongea finalement jusqu'aux premières années du XX° siècle !