Car un pays sans passé est un pays sans avenir...

 
Mythologie
 
 

 

 

adblocktest

 

Histoire romaine, par Dion Cassius

Fragments des livres VI à XXXVI

3 - Marius

 

An de Rome 646

Négociations entre Jugurtha et Métellus

 

CCLXIV. Jugurtha avait envoyé des députés à Métellus pour négocier la paix : le général romain fixa plusieurs conditions ; mais successivement, et comme si chacune eût toujours été la seule qu'il dût imposer. C'est ainsi qui il obtint des otages, des armes, les éléphants, les prisonniers et les transfuges. Métellus tua tous les transfuges ; mais il n'accorda point la paix, parce que Jugurtha ne voulut pas se rendre auprès de lui, dans la crainte d'être arrêté. Marius et Cnaeus mirent aussi des obstacles à la conclusion du traité.

 

Caractère de Marius

 

CCLXV. Marius joignait à des moeurs grossières un naturel factieux et turbulent : ami des plébéiens, parce qu'il était né dans leurs rangs, il soupirait après la ruine de la noblesse. Prêt à tout dire, à tout promettre, à mentir et à se parjurer pour le plus mince avantage, il se faisait un jeu de calomnier les citoyens les plus recommandables et de louer les plus pervers. Qu'on ne s'étonne pas qu'un tel homme ait pu très longtemps cacher ce qu'il y avait de mauvais en lui : pétri d'artifice et secondé par la fortune, qui, dans le principe, lui fut partout propice, il parvint même à se faire regarder comme vertueux.

 

Ses menées contre Métellus

 

CCLXVI. Il fut d'autant plus facile à Marius de calomnier Métellus, que celui-ci appartenait à l'ordre des patriciens et était déjà un grand capitaine : lui, au contraire, jusqu'alors sans éclat et tout à fait inconnu, commençait à se produire. La multitude était donc portée par l'envie à abaisser Métellus, en même temps qu'elle travaillait à l'élévation de Marius à cause de ses promesses, et surtout parce que Métellus avait, disait-on, adressé ces paroles à Marius, en lui accordant un congé pour aller briguer le consulat : "Tu devras t'estimer heureux, si tu es consul avec mon fils." Ce fils était alors fort jeune.

 

Haine de Gauda contre Métellus

 

CCLXVII. Gauda haïssait Métellus, parce que, malgré ses instances, il n'avait voulu ni lui rendre les transfuges, ni lui donner une garnison romaine, ni même lui permettre de s'asseoir à ses côtés ; honneur que les consuls accordaient d'ordinaire aux rois et aux princes.

 

An de Rome 647

Bocchus envoie des députés à Marius

 

CCLXVIII. Après la capitulation de Cirta, Bocchus envoya des députés à Marius. D'abord il demanda les états de Jugurtha, comme récompense du parti qu'il avait pris de se déclarer pour les Romains : ne les ayant pas obtenus, il demanda simplement la paix. Marius envoya les ambassadeurs à Rome : pendant cette négociation, Jugurtha se retira dans les contrées les plus désertes de son royaume.

 

An de Rome 648

Marius exige que Jugurtha lui soit livré

 

CCLXIX. Marius, ayant reçu des députés de Bocchus, déclara qu'il ne traiterait pas avec lui, à moins qu'il ne lui livrât Jugurtha ; ce qui eut lieu en effet.

 

Les Romains s'emparent de l'or de Toulouse

 

CCLXX. Les habitants de Toulouse, auparavant alliés de Rome, furent entraînés par les promesses des Cimbres, se revoltèrent et mirent aux fers la garnison romaine. Introduits dans cette ville par leurs amis, pendant la nuit et à l'improviste, les Romains s'en rendent maîtres, pillent les temples et s'emparent en outre d'immenses richesses. Toulouse, d'ailleurs opulente depuis longtemps, renfermait les offrandes que les Gaulois emportèrent jadis de Delphes, sous la conduite de Brennus. Cependant ses dépouilles n'enrichirent pas beaucoup le trésor public de Rome ; elles devinrent presque totalement la propriété de ceux qui les avaient enlevées : plusieurs furent cités en justice pour rendre compte de leur conduite. 

 

An de Rome 649

Jalousie de Q. Servilius Caepion contre Cn. Manlius

 

CCLXXI. Servilius fit beaucoup de mal à l'armée par Rome sa jalousie envers son collègue, dont il était l'égal dans tout le reste, mais que la dignité de consul plaçait au-dessus de lui. A la mort de Scaurus, Manlius engagea Servilius à se rendre auprès de lui ; mais celui ci répondit que chacun devait veiller sur son département. Plus tard il craignit que Manlius ne réussît sans son concours, et il ne voulut point lui laisser l'occasion de s'illustrer seul.
Il se rapprocha donc de son collègue ; mais il ne campa point dans le même lieu et ne se concerta jamais avec lui. Bien plus, afin de pouvoir attaquer les Cimbres avant Manlius, et d'avoir toute la gloire du succès dans cette guerre, il plaça son camp entre ces barbares et le consul. Malgré ces divisions, l'armée romaine, tant qu'elles restèrent inconnues , inspira d'abord une si grande terreur aux ennemis, qu'ils furent amenés à désirer la paix; mais les Cimbres ayant envoyé leurs députés à Manlius à cause de sa dignité, Servilius, courroucé de ce qu'ils ne s'étaient pas adressés à lui, ne répondit rien de favorable à un arrangement : peu s'en fallut même qu'il ne fit mettre à mort les députés.

 

Les soldats de Q. Servilius Caepion le forcent de s'aboucher avec lui

 

CCLXXII. Les soldats forcèrent Servilius à s'aboucher avec Manlius et à s'entendre avec lui sur les mesures exigées par les circonstances. Loin de rétablir la bonne intelligence, cette entrevue rendit leur haine plus violente qu'auparavant : ils se séparèrent, après s'être honteusement emportés jusqu'à la dispute et jusqu'à l'injure.

 

An de Rome 650.

Noble conduite de Cn. Domitius envers Scaurus

 

CCLXXIII. Cnaeus Domitius avait cité Scaurus en justice : sur ces entrefaites, un esclave de l'accusé vint lui proposer de faire contre son maître de graves révélations. Domitius, loin d'attacher de l'importance à cette délation, fit arrêter l'esclave et le livra à Scaurus.

 

Pub. Licinius Nerva, préteur en Sicile, et les esclaves

 

CCLXXIV. Publius l.icinius Nerva, préteur en Sicile, instruit que les esclaves étaient maltraités, ou peut-être cherchant un moyen de s'enrichir (car il n'était pas incorruptible), invita par un édit tous ceux qui avaient à se plaindre de leurs maîtres à se rendre auprès de lui, et leur promit son appui. Aussitôt un grand nombre d'esclaves s'attroupent : les uns prétendent avoir éprouvé des injustices, les autres font entendre contre leurs maîtres diverses accusations : ils se flattent que le moment est enfin venu d'obtenir, tout ce qu'ils voudront, sans verser leur sang. Les hommes libres se concertent aussi pour leur tenir tête, et ne cèdent rien.
Cette double ligue fait craindre à Licinius que les vaincus ne se portent à quelque extrémité dangereuse, et il n'écoute aucune plainte des esclaves. Il les congédie même, sous prétexte qu'ils n'auront désormais rien à souffrir, dans l'espoir qu'une fois dispersés, ils ne pourront plus exciter aucun trouble. Les esclaves, redoutant leurs maîtres qu'ils ont osé hautement accuser, entrent en pourparlers, se coalisent et se jettent dans le brigandage.

 

An de Rome 651.

Les Mamertins et le Cilicien Athénion

 

CCLXXV. Les Mamertins crurent qu'ils n'auraient aucun malheur à craindre, s'ils renfermaient dans Messine tout ce qu'ils possédaient de plus précieux. Instruit de leur résolution, le Cilicien Athénion, qui avait la plus grande autorité sur les brigands, attaqua les Mamertins, au moment où ils célébraient une fête publique dans le faubourg de la ville. Il les dispersa et en fit un grand massacre : peu s'en fallut même qu'il ne prît la ville de force. Il se retrancha ensuite dans un château appelé Macella, qui était très bien fortifié, et de là il porta la dévastation dans la campagne.

 

An de Rome 652.

Défaite des Cimbres par Marius

 

CCLXXVI. Les barbares furent vaincus, et plusieurs restèrent sur le champ de bataille : à peine un petit nombre trouva-t-il son salut dans la fuite. Marius, pour consoler ses soldats et pour les récompenser, leur vendit tout le butin à vil prix : il ne voulut point paraître le distribuer gratuitement. Jusqu'à ce moment, il n'avait été en faveur qu'auprès des plébéiens, au milieu desquels il était né et qui avaient fait sa fortune; mais alors il triompha même de la haine des patriciens, et il eut également l'estime de tous les citoyens. Tous, spontanément et d'une voix unanime, lui décernèrent le consulat pour l'année suivante, afin qu'il put terminer la guerre.

 

Changement dans les moeurs des Cimbres

 

CCLXXVII. Les Cimbres, une fois qu'ils se furent relâchés, perdirent beaucoup de leur ardeur et devinrent mous, énervés, au moral et au physique. La cause de ce changement fut celle-ci : ils logeaient dans des maisons, au lieu de coucher en plein air, comme auparavant: ils avaient remplacé les bains froids par les bains chauds : ils faisaient immodérément usage des mêmes mets et des mêmes friandises que les habitants du pays où ils se trouvaient, eux qui jusqu'alors s'étaient nourris de viandes crues : enfin, contre leur habitude, ils se plongeaient dans le vin et dans l'ivresse. Par là, toute la vigueur de leurs âmes fut émoussée, et leurs corps efféminés ne purent plus supporter ni les travaux, ni les fatigues, ni la chaleur, ni le froid, ni les veilles.

 

An de Rome 655.

Le jeune Métellus sollicite le rappel de son père

 

CCLXXVIII. Le fils de Métellus sollicita auprès de tous les citoyens le retour de son père avec tant d'instances, en public et en particulier, qu'il fut surnommé Pius, c'est-à-dire, le pieux.

 

Haine de P. Furius contre Métellus

 

CCLXXIX. La haine de Furius contre Métellus venait de ce que celui-ci, pendant sa censure, l'avait privé du cheval fourni par l'État.

 

P. Furius mis en accusation : il est massacré dans l'assemblée du peuple

 

CCLXXX. P, Furius fut mis en accusation pour sa conduite pendant le tribunat, et massacré par les Romains dans le lieu même de l'assemblée du peuple. Il avait bien mérité la mort; car c'était un factieux qui, après avoir fait cause commune avec Saturninus et Glaucia, les persécuta quand il eut embrassé le parti contraire; mais il n'aurait pas dû périr ainsi. Cependant sa mort parut juste jusqu'à un certain point.

 

M. Livius Drusus et Q. Servilius Caepion, chefs de parti

 

CCLXXXI. Il y avait encore d'autres chefs de sédition les plus puissants étaient Marcus d'un côté et Quintus de l'autre ; tous deux avides de pouvoir, d'une ambition insatiable, et par cela même très-portés à se jeter dans les luttes des partis. A ce point de vue, ils étaient sur la même ligne ; mais Drusus l'emportait par l'éclat de la naissance, par les richesses, par une libéralité inépuisable pour ceux qui recouraient incessamment à lui ; Quintus, par la présomption, par l'audace, par l'habileté à tendre des piéges longtemps d'avance, par la finesse et la ruse dans l'action même : semblables sous certains rapports, différents sous certains autres, ils se faisaient en quelque sorte équilibre; et il n'est pas étonnant qu'ils aient excité de longs troubles, qui se perpétuèrent même après leur mort.

 

Ils deviennent ennemis, après avoir vécu dans une étroite amitié

 

CCLXXXII. Drusus et Caepion, qui étaient beaux-frères, avaient d'abord vécu dans une étroite amitié plus tard elle fit place à une haine qu'ils portèrent dans les affaires publiques.

 

An de Rome 661.

Condamnation de P. Rutilius

 

CCLXXXIII. Une condamnation des plus injustes frappa Rutilius, citoyen d'une intégrité parfaite. II fut traduit en justice par les menées des chevaliers, qui l'accusèrent d'avoir accepté de l'argent pour Quintus Mucius, et le condamnèrent à une amende.- Ils agirent ainsi pour satisfaire leur ressentiment contre Rutilius, qui avait souvent réprimé leurs exactions.

 

Son exil volontaire

 

CCLXXXIV. Rutilius se défendit avec noblesse : son langage fut celui d'un honnête homme en butte à la calomnie, et beaucoup plus affligé des maux de la patrie que de son propre malheur. Il fut néanmoins condamné et fit sur-le-champ l'abandon de ses biens : par là l'injustice de sa condamnation parut dans tout son jour. On reconnut que sa fortune était bien au-dessous des richesses que ses accusateurs lui reprochaient de s'être appropriées en Asie, et il prouva qu'elle avait une origine légitime et sans tache.
Rutilius fut ainsi victime d'une calomnie : sa condamnation retomba jusqu'à un certain point sur Marius qu'offusquait la réputation de cet excellent citoyen. Rutilius, désapprouvant ce qui se passait dans Rome, ne voulut plus vivre avec un tel homme : il s'exila volontairement, se retira en Asie et demeura quelque temps à Mitylène. Plus tard, cette ville ayant été saccagée pendant la guerre contre Mithridate, il se transporta à Smyrne où il passa le reste de ses jours, sans vouloir rentrer dans sa patrie. Malgré la sentence qui l'avait frappé, il vécut entouré de gloire et dans l'opulence. Mucius, ainsi que tous les peuples et tous les rois qui avaient été jadis à même de l'apprécier, le comblèrent de présents, et il fut beaucoup plus riche qu'auparavant.

 

An de Rome 664.

Soupçons de P. Rutilius Lupus contre les patriciens

 

CCLXXXV. Lupus soupçonna les patriciens qui étaient dans son armée de révéler ses projets à l'ennemi, et les dénonça au sénat, avant d'avoir rien approfondi : par là, il irrita encore davantage des hommes, d'ailleurs mal disposés les uns envers les autres, à cause des dissensions qui agitaient Rome. De plus grands troubles auraient éclaté, si l'on n'avait surpris quelques Marses qui, se mêlant aux fourrageurs, pénétraient dans les retranchements des Romains, comme s'ils eussent été leurs alliés, et épiaient avec soin ce qui se disait et ce qui se faisait, pour en informer leurs compatriotes. Cet incident coupa court à tous les ressentiments contre les patriciens.

 

Jalousie de Marius envers P. Rutilius Lupus

 

CCLXXXVl. Marius était parent de Lupus ; mais la jalousie et l'espoir d'arriver à un septième consulat, comme s'il avait été seul capable de conduire cette guerre à une heureuse fin, le lui rendaient suspect. Il rengageait donc à temporiser et répétait que les Romains ne manqueraient point de vivres ; tandis que les ennemis ne pourraient longtemps tenir ferme dans une guerre dont leur propre territoire était le théâtre.

 

Cruauté des Picentins

 

CCLXXXVII. Les Picentins subjuguèrent tous ceux qui n'avaient pas fait défection avec eux et les insultèrent en présence de leurs amis : ils allèrent même jusqu'à arracher aux femmes les cheveux avec la peau de la tête.

 

Fermeté de Mithridate, en présence des ambassadeurs romains

 

CCLXXXVIII. Mithridate ne s'émut point de la présence des ambassadeurs romains. II répondit à leurs plaintes par divers griefs, enuméra les sommes considérables qu'il avait dépensées pour la République et pour quelques généraux en particulier, et se tint tranquille. Nicomède, au contraire, fier de son alliance avec Rome et pressé par le besoin d'argent, envahit les états de Mithridate.

 

Mithridate envoie une ambassade aux Romains

 

CCLXXXIX. Mithridate envoya une ambassade aux Romains, pour les prier d'engager ou de contraindre Nicomède, s'ils le regardaient comme leur ami, à se montrer juste envers lui ; ou du moins de lui permettre, s'il en était autrement, de se venger lui-même de son ennemi. Les Romains, loin d'accéder à ses désirs, le menacèrent de leur vengeance, s'il ne rendait pas la Cappadoce à Ariobarzane et s'il ne vivait pas en paix avec Nicomède. Ils congédièrent ses ambassadeurs le jour même, et lui défendirent d'en envoyer d'autres, avant de s'être soumis à leur volonté.

 

An de Rome 665.

Soldats mutinés contre Caton

 

CCXC. Caton, dont l'armée se composait en grande partie d'habitants de Rome et d'hommes affaiblis par l'âge, avait d'ailleurs peu d'autorité. Un jour, il osa reprocher à ses soldats de ne point savoir supporter les fatigues et de se montrer sans ardeur pour l'exécution de ses ordres : peu s'en fallut qu'ils ne l'ensevelissent sous une grêle de mottes de terre. Il aurait péri, s'ils avaient eu des pierres à leur disposition ; mais comme le champ où ils étaient rassemblés venait d'être labouré et se trouvait par hasard humide, les crottes lancées sur Caton ne lui firent aucun mal. Le chef de cette émeute, C. Titius, orateur obscur qui gagnait sa vie en défendant au forum quelques causes et qui poussait jusqu'à l'impudence la liberté du langage, fut arrêté, envoyé à Rome et livré aux tribuns; mais on ne lui infligea aucune peine.

 

An de Rome 666.

Mithridate donne à tous les peuples de l'Asie l'ordre de massacrer les Romains

 

CCXCI. D'après un ordre de Mithridate, tous les peuples de l'Asie massacrèrent les Romains. Deuls, les habitants de Tralles n'en tuèrent aucun eux-mêmes : ils eurent recours à un mercenaire Paphlagonien, appelé Théophile ; comme si, en agissant ainsi, ils devaient être moins exposés à de sanglantes représailles, ou comme s'il importait aux Romains d'être égorgés par telle main plutôt que par telle autre.

 

Les Thraces dévastent l'Épire et d'autres contrées

 

CCXCII. A l'instigation de Mithridate, les Thraces dévastèrent l'Épire et les autres contrées, jusqu'à Dodone : ils pillèrent même le temple de Jupiter. 

 

Prodiges qui annoncent la guerre civile

 

CCXCIII. La guerre civile, au moment où elle allait éclater à Rome, fut annoncée par divers prodiges, comme le rapportent Tite-Live et Diodore. Le ciel était sans nuage, lorsque, au milieu d'une grande sérénité, retentirent les sons aigus et lamentables d'une trompette : tous ceux qui les entendirent furent frappés d'épouvante et d'effroi. Les devins étrusques déclarèrent que c'était le présage d'un changement dans l'espèce humaine et d'un nouvel âge du monde ; car il y a huit générations d'hommes, qui diffèrent les uns des autres par leurs moeurs. Dieu a fixé à chacune une durée renfermée dans la révolution de la grande année : lorsqu'un âge est fini et qu'un autre commence, un signe merveilleux apparaît sur la terre ou dans le ciel. A l'instant, les sages , versés dans la science de ces phénomènes, reconnaissent qu'il est né des hommes ayant d'autres moeurs, un autre genre de vie, et dont les Dieux s'occupent plus ou moins chie de leurs devanciers.

 

An de Rome 667.

Cinna éloigne Sylla de l'Italie

 

CCXCIV. A peine revêtu du consulat, Cinna n'eut rien tant à coeur que d'éloigner Sylla de l'Italie : il mettait Mithridate en avant; mais en réalité il voulait être séparé de Sylla, pour que celui-ci ne pût épier de près ses projets, ni les traverser. Cependant Cinna avait été nommé consul par les efforts de Sylla, et il avait promis de ne rien faire contre sa volonté.
La guerre contre Mithridate était inévitable aux yeux de Sylla ; et comme il aspirait à la gloire d'être chargé de la conduite de cette guerre, il mit, avant de partir, les affaires de Rome sur le pied le plus favorable à ses intérêts. II désigna donc pour ses successeurs Cinna et un certain Cnaeus Octavius, dans l'espoir de conserver ainsi son autorité, même pendant son absence. Sylla savait qu'Octavius était fort estimé pour sa modération, et il se flattait qu'il n'exciterait aucun trouble. Quant à Cinna, il lui était bien connu comme un mauvais citoyen ; mais il avait déjà du crédit, et Sylla ne voulut point s'en faire un ennemi : d'ailleurs, Cinna répétait et assurait même avec serment qu'il serait toujours prêt à agir dans l'intérêt de Sylla. Ainsi, malgré une rare sagacité pour pénétrer les pensées des hommes et pour apprécier avec justesse la nature des choses, Sylla se trompa complètement dans cette circonstance et légua à sa patrie une guerre terrible.

 

Caractère d'Octavius

 

CCXCV. La nature avait refusé à Octavius l'activité nécessaire dans la vie politique. 

 

Métellus est mandé à Rome

 

CCXCVI. Les Romains, au moment où la guerre civile était imminente, mandèrent Métellus à Rome, et lui ordonnèrent de venir à leur secours.
Livrés à des dissensions intestines, les Romains mandèrent Métellus à Rome et le chargèrent de traiter, n'importe à quelles conditions, avec les Samnites, qui, seuls alors, ravageaient encore, la Campanie et le pays limitrophe. Métellus ne consentit point à faire la paix, parce qu'ls exigeaient le droit de cité pour eux-mêmes et pour ceux qui s'étaient réfugiés auprès d'eux : ils ne voulaient restituer aucune partie du butin dont ils s'étaient emparés, et demandaient que les Romains leur rendissent les prisonniers et les transfuges. Aussi le sénat lui-même ne voulut-il plus leur accorder la paix à ces conditions.

 

Marius et les autres bannis remplissent Rome de carnage

 

CCXCVII. A peine Cinna eut-il renouvelé la proposition relative ait retour des exilés, que Marius et les autres bannis, avec les restes de l'armée, s'élancèrent dans Rome par toutes les portes à la fois. Ils les fermèrent aussitôt, afin que personne ne pût s'échapper, et massacrèrent indistinctement tous ceux qui tombèrent dans leurs mains, comme s'ils avaient eu affaire à un peuple ennemi. Ils égorgèrent surtout les riches pour s'emparer de leur or, et prodiguèrent les outrages à leurs femmes et à leurs enfants : on eût dit qu'ils avaient réduit en servitude une ville étrangère. Enfin ils suspendirent à la tribune aux harangues les têtes des hommes les plus illustres, spectacle non moins douloureux que le massacre même ; car elles faisaient naître dans l'esprit de ceux qui les voyaient diverses réflexions ; mais surtout la pensée que cette tribune, ornée par leurs ancêtres des proues ennemies, était alors souillée par les têtes des citoyens !
En un mot, Marius était dévoré d'une soif du sang tellement insatiable, qu'après avoir fait mourir la plupart de ses ennemis, sa pensée, au milieu de tant de confusion, ne se portant plus sur personne dont il pût souhaiter la mort, il donna pour mot d'ordre à ses soldats d'égorger sans interruption tous ceux auxquels il ne tendrait point la main, au moment où ils s'approcheraient de lui. Rome était réduite à voir ses enfants périr sans jugement, non pas sous le coup de la haine, mais parce que Marius ne leur avait point tendu la main ! Et comme, dans un pareil tumulte et dans un si grand désordre, il ne songea probablement pas toujours à la tendre ; comme il ne l'aurait pas toujours pu, suivant sa pensée, alors même qu'il l'aurait voulu, plusieurs furent tués au hasard, sans que leur mort importât le moins du monde à Marius. On ne peut fixer le nombre des citoyens qui furent alors massacrés ; car cette boucherie dura cinq jours et tout autant de nuits.

 

An de Rome 668.

Le fils de Marius tue un tribun du peuple ; il en précipite un autre de la roche Tarpéienne

 

CCXCVIII. Pendant que les Romains offraient des sacrifices pour l'année qui commençait et pour l'inauguration des magistrats, suivant l'usage établi par leurs ancêtres, le fils de Marius tua lui-même un tribun du peuple et envoya sa tête aux consuls. Il en précipita un autre de la roche Tarpéienne, supplice qu'aucun tribun n'avait encore subi, et il priva deux préteurs du feu et de l'eau.

 
Publicités
 
Partenaires

  Rois & PrésidentsEgypte-Ancienne

Rois et Reines Historia Nostra

Egypte

 

 Histoire Généalogie