Car un pays sans passé est un pays sans avenir...

 
Mythologie
 
 

 

 

adblocktest

 

Les mensonges de l'Histoire


La controverse de Valladolid fut un débat sur l'âme des Amérindiens

 

Faux ! Car la controverse de Valladolid, qui dura deux années (à savoir deux séances d'un mois chacune, l'une en 1550, l'autre en 1551), porta non pas sur l'existence de l'âme des Amérindiens mais sur des questions bien plus complexes.

 

Comme nous l'avons vu dans un précédent article, les colons espagnols ne tardèrent pas à instaurer le système de l'encomienda suite à leur arrivée dans le nouveau monde. C'est ainsi que fut imposé un travail forcé aux peuples amérindiens ne pouvant pas fournir un tribut en métaux précieux.

Ayant eu vent des exactions commises en Amérique du sud, La couronne d'Espagne tenta de réduire les abus des encomenderos (c'est ainsi qu'étaient nommés les responsables d'une encomienda) en promulguant les lois de Burgos en 1512 : les indigènes devaient bénéficier de jours de repos, être nourris et logés, être mieux protégés (interdiction de faire travailler les femmes enceintes, interdiction de battre un Amérindien), recevoir une instruction religieuse et un salaire. Toutefois, ces règlements ne furent guère appliqués.

Par ailleurs, les colons espagnols profitèrent du choc microbien, qui dépeupla de nouveau monde de la moitié de sa population en l'espace d'un siècle. C'est ainsi que les conquistadors[1] purent s'emparer facilement des deux grands royaumes du continent sud-américain, à savoir l'Empire aztèque (1521) et l'Empire inca (1533). A noter que les Européens souffraient des virus qu'ils apportaient avec eux, mais qu'ils disposaient néanmoins d'anticorps dont n'étaient pas équipés les populations amérindiennes. 

 

Au fil des années, les mauvais traitements réservés aux populations indigènes firent l'objets de débats. Bartholomé de Las Casas, un dominicain[2] espagnol, prit la défense des Amérindiens, dénonçant le système de l'encomienda.

Ce dernier, recevant l'aval de Charles Quint, Empereur germanique, rédigea les Leyes nuevas ("lois nouvelles" en français) en 1542, abolissant les encomiendas. Toutefois, cette réforme provoqua une importante révolte des encomenderos dans le nouveau monde, et les Leyes nuevas furent finalement abrogées.

Charles Quint, par Peter Paul RUBENS, vers 1603, Deutsches historisches museum, Berlin.

Les Leyes nuevas furent aussi critiquées par le philosophe Juan Gines de Sepulveda[3], qui rédigea en 1544 un ouvrage intitulé Des causes d'une juste guerre contre les Indiens[4], démontrant que la colonisation menée par les Espagnols était juste, les Amérindiens étant destinés par nature à l'esclavage.

Bartholomé de Las Casas, quant à lui, répliqua en rédigeant Trente proposition juridiques en 1547, se prononçant contre l'esclavage et dénonçant les guerres du nouveau monde comme injuste.

 

En raison de ces querelles théologiques, Charles Quint, souhaitant savoir si la colonisation était compatible avec la foi catholique, décida de convoquer une grande assemblée à Valladolid, en 1550. Y participèrent des théologiens, des juristes, des membres du conseil des Indes[5], des inquisiteurs, etc. Mais la controverse de Valladolid opposa avant tout Bartholomé de Las Casas et Juan de Sepulveda, détenteurs de deux idéologies radicalement différentes.

Las Casas, hostile à l'exploitation des Amérindiens, s'appuya sur les écrits de saint Thomas d'Aquin[6], selon lesquels toutes les sociétés humaines étaient égales (y compris les sociétés païennes), et que la conversion devait se faire non par la force mais de façon pacifique.

Sepulveda, quant à lui, s'appuya sur les pratiques des Amérindiens (sacrifices humains, cannibalisme, inceste, etc.) pour démontrer que les populations du nouveau monde, encore primitives, devaient être placées sous la tutelle des colons espagnols[7].

 

A l'issue de la controverse de Valladolid, les deux principaux acteurs se proclamèrent vainqueurs, même si aucun des deux camps ne remporta véritablement la victoire.

Ainsi, la conquête du continent sud-américain se poursuivit, bien que connaissant un certain ralentissement (après la chute des royaumes incas et aztèques, il ne restait à conquérir que des zones désertiques présentant peu d'intérêts pour la couronne d'Espagne) ; en outre, le système de l'encomienda ne fut pas supprimé.

Toutefois, si l'on ne peut nier que les colons espagnols commirent d'importantes exactions dans le nouveau monde, le sort des Amérindiens d'Amérique du sud fut malgré tout plus enviable que celui de leurs homologues du nord.

Ainsi, les Espagnols ouvrirent des université enseignant les langues nahualt (pour les Aztèques) et quechua (pour les Incas) ; les divinités précolombiennes firent l'objet d'un syncrétisme avec la religion catholique ; enfin, de nombreux Amérindiens convertis se prononcèrent en faveur de la colonisation, introduisant un important métissage en Amérique du sud[8]

 

L'on peut donc se demander d'où vient l'idée selon laquelle la conférence de Valladolid aurait disserté sur l'existence de l'âme des Amérindiens, sachant que cette question avait été réglée par le pape Paul III dès 1537 (ce dernier avait promulgué les bulles Veritas ipsa et Sublimus Deus, interdisant l'esclavage des Amérindiens, affirmant leur droit à la liberté et à la propriété). A noter par ailleurs que les Espagnols n'auraient pas envoyé d'évangélisateurs dans le nouveau monde dès la fin du XV° siècle si les populations du nouveau monde étaient considérées comme des créatures sans âme.

En réalité, cette idée reçue provient d'un roman de Jean Claude Carrière, intitulé La controverse de Valladolid, publié en 1992 (puis adapté la même année en téléfilm).

L'ouvrage présente l'affrontement de  Las Casas et de Sepulveda sous un nouvel angle, le débat portant cette fois-ci non sur le bien-fondé de la colonisation, mais sur l'existence de l'âme des Amérindiens. A l'issue du débat, Las Casas semble l'emporter, mais, comme les indigènes du nouveau monde ne peuvent plus être réduits en esclavage, l'Eglise décide donc de légaliser la déportation d'esclaves noir vers le continent sud-américain[9].

___________________________________________________________________________________________

comments powered by Disqus

 


[1] Conquistador signifie "conquérant" en français. A noter que ce terme renvoyait à la reconquista, période au cours de laquelle les Espagnols avaient peu à peu chassé les musulmans d'Espagne.

[2] L'ordre des Dominicains (ou ordre des frères prêcheurs) avait été fondé en 1215 par Dominique de Guzman, un prêtre espagnol. 

[3] Sepulveda, né en 1490, travailla dans sa jeunesse à la traduction des œuvres d'Aristote. Suite au sac de Rome, en 1527, Sepulveda fut nommé chroniqueur de Charles Quint. Réfutant les idées de Luther, il devint précepteur du jeune Philippe II, héritier de l'Empereur germanique, puis fut ordonné prêtre en 1537.

[4] Le titre original de l'ouvrage, en latin, était De justis causis belli apud indium.

[5] Il s'agissait de l'institution chargée d'administrer les possessions d'Amérique du sud (ce continent étant encore considéré comme l'Inde à cette époque).

[6] Thomas d'Aquin fut un religieux de l'ordre des dominicains qui vécut au XIII° siècle.

[7] A noter que Las Casas minimisa les sacrifices humains perpétrés par les Aztèques, les comparant aux jeux du cirque de l'Antiquité (alors que les gladiateurs ne mourraient pas en masse dans l'arène ; et que les sacrifices aztèques étaient estimés à 3 000 par an).

[8] En Amérique du nord, au contraire, les métis étaient rejetés.

[9] En réalité, la traite des noirs fut plus une conséquence du choc microbien que de l'issue de la conférence de Valladolid.

Publicités
 
Partenaires

  Rois & PrésidentsEgypte-Ancienne

Rois et Reines Historia Nostra

Egypte

 

 Histoire Généalogie